TRAMEURS, TRAMEUSES, VOICI UN TEXTE POUR UN PROCHAIN CATALOGUE D'UNE PROCHAINE EXPO (EN COURS DE RÉDACTION)

DES TRAMEURS AUX PAYS DES RÉDUCTIONNITES ?

Par Stefano Ceccarelli :

Compte-rendu résumé de la précédente participation de Olivier Fouchard a une exposition collective : « NOUS AUTRES », 4ème Biennale Internationale de la ville de Pont de Claix du 8 septembre au 28 octobre 2017, en Isère (France).

Dans cette exposition, les peintures de Olivier Fouchard se trouvent là parmi des post-minimalistes, réductionnistes et autres acharnés de la forme dite «  non-objective » que l'on pourrait penser « d'obédience » géométrique ou carrément minimalistes et parfois aussi très « gestuelles » s'inscrivant dans des influences des avant-gardes début XXème siècle ou bien dans la continuité d'après 1945 pour faire vite et ne pas s'attarder trop sur ce qui fait déjà histoire. Le courant réductionniste mis à part car il se situe dans une sorte de vague post-conceptuelle qui me fait penser aux collages d'un certain Théo Mann ou bien aux peintures non-monochromatiques réductionnistes de Rolland Orépuck, commissaire en chef de la manifestation.

Les trois tableaux accrochés dans cette exposition avaient pour départ le noir : c'est à dire théoriquement toute les couleurs, ou plus précisément une matière les absorbant toutes, dans un fond uniforme recouvrant en totalité l'apprêt blanc originel.

Le pigment « noir de mars » n'a sans doute pas grand chose de commun avec la grande, généreuse et sublime peinture d'un Soulages dont l'auteur qui conserve une grande estime pour cet artiste et ne prétend à aucun moment se mesurer, préférant des chemins par d'autres progressivement initiés depuis déjà quelques siècles et trouvant un essor formel particulier au XXème siècle par le biais de nombreux artistes tant abstraits que figuratifs et aussi en équilibres sur des fils tendus entre ces deux frontières parfois poreuses.

Le Noir comme point de départs ou se tissent des trames répétitives, évolutives ou des quadrillages décalés, de carrés dit « do-déca-graphiques » dont il ne reste parfois que des vestiges en mémoires colorées recouvertes de lignes, de quadrillages, de réseaux et de formes couleurs aux tires évocateurs : « Rhizomes et Réseaux » ou « Amnésie partielle ». Olivier Fouchard n'entend pas seulement cacher le tableau dans le tableau, mais aussi continuer des « work in progress » empiriques qui ont peut être trouvé là un achèvement. Méthode partir de formes graphiques rigoureuses, mathématiques pour arriver à des langages : des significations encore mystérieuses et bien que parties des ténèbres elles cheminent vers des possibles éclaircies. Elles émergent de l'ombre puis recouvertes il reste des traces, une mémoire, des réminiscences de qui était, de ce qui est toujours et que l'on ne voit plus tout à fait de la même façon. Derrière le visible se cache un autre monde...

J'accorderai une attention particulière au titre de la troisième toile accrochée : « Étude pour Flocons Lunaires avec chant de hibou » magistralement peinte sans remords ni labeur superflu. Partie elle aussi du noir, ou de la nuit sans doute, ce tableau construit de lignes en trames évolutives et décalées comme des extrapolations du quadrillage évoque à la fois le chant d'un rapace nocturne, d'une météo neigeuse et d'un clair de lune. Est elle encore « non-objective », « abstraite », « non-figurative » ? Là n'est pas l'enjeu. Cette toile de petite dimension (81x65cm) est bien construite de façon très volontaire et pas du tout empirique, d'après plusieurs esquisses * et n'est pas une de ces choses qui semblent émerger de la nuit et pourtant comme vécu de nuit, d'une neige dont on se doute bien qu'elle fut tombée, d'un chant de hibou dont on admet qu'il ai existé et de lunes au rendez-vous de promenades elles aussi nocturnes. Donc un tableau issu des droites lignées d'un Vincent Van Gogh de la période d'Auvers/Oise , mais aussi d'un Jean Bazaine ou plus exactement d'un certain Pierre Druesnes ou tout simplement un Fouchard des années 80 contrairement aux deux autres toiles sorties tout droit d'une tradition qui pourrait prendre peut-être comme parenté un Piero Dorazio des années 60...

Aussi, de cette exposition, je garde particulièrement en mémoire le travail de Joël Besse : une peinture d'abstraction radicale l'écriture graphique ne se contente pas seulement de ce conformer au quadrillage : dessin sculpté, gravé, ciselé, ou collé avant de recevoir une fine couche de pigment blanc, comme d'abord laissé vierge de toute couleurs. Quand à la couleur, soit laissée en bordures, ou bien juxtaposée afin d'intervenir par effets optique soit sur le blanc du mur (par les bordures), soit irradiant les lignes d'à coté comme rendues réfléchissantes d'un sorte de double lecture : le « dessin-quadrillage » (rigoureux et touchant à la perfection)/ la couleur (répartie en surfaces lisse sans accidents particuliers) : posée là comme irréconciliables et pour tant...L'oeil initié du contemplateur de passage doit s'y attarder pour saisir cette enfin possible réconciliation ou collision des « étant-donnés » d'abord séparés.

 

Enfin, Joël, ma confié qu'il travaille aussi sur d'autres séries dont que je n'oserai ici qu'évoquer par soucis de ne point trahir ce qui est en devenir et sans doute pour mieux penser aux étonnants papiers marouflés sur bois avec bordures colorées disposés en losanges et triangles fonctionnants aussi sur des rapports de verticales, d'horizontales et d'obliques comme une écriture codifiée en jeux formels sans narration ni évocation littéraire quelle qu'elle soit. Hasard ou co-incidences, Joël Besse est habitant de la ville d'Auxerre en Bourgogne ou Olivier Fouchard s'apprête à accrocher des toiles pour certaines inédites.

 

Je ne peut terminer ce petit billet sans évoquer aussi les dessins à la mine de plomb sur papiers calques pliés de Laura Nillini, les deux tableaux en dyptique de Ivo Ringe et les petites pièces de Eva Francovà qui trament aussi et jalonnent le parcours de cette biennale dite « non objective » et aussi internationale ou l'ambiance était chaleureuse et passionnée.

 

S.C. Sept.2017.

 

Note * : Certaines esquisses pour: «Étude pour Flocons Lunaires avec chant de hibou » étaient visibles sous les titres « Esquisses pour giboulées Nocturnes » et « Esquisses pour Flocon Lunaires » lors de l'Exposition « Gestes,trames et paradigmes » à galerie associative « ALTER ART » à Grenoble du 29 Juin au 23 Juillet 2016.

"Esquisse n°2 pour Flocons Lunaires" 2015

Acrylique sur papier mi-teinte noir Canson 24x18cm. 

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